— Rassemblement de manifestants à Dakar le 30 août 2025. Photo : Carmen Abd Ali / AFP —
Des centaines de Sénégalais ont manifesté ce 30 août à Dakar pour réclamer justice contre les crimes commis entre 2021 et 2024 lors de violences politiques. Des dizaines de personnes ont perdu la vie lors de différents épisodes de tensions ayant dégénéré sous le régime de Macky Sall.
Des centaines de personnes ont défilé sous une pluie battante sur une des principales artères de Dakar, scandant “Justice pour les martyrs”, sous la surveillance des forces de l’ordre.
Parmi les manifestants, certains arboraient les couleurs vert-jaune-rouge du Sénégal. D’autres brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire “Nous refusons le silence, nous refusons l’oubli” ou encore “Réclamer justice pour que les auteurs, commanditaires et complices répondent de leurs actes devant la loi”.
Le rassemblement intervient quelques semaines après l’annonce de l’ouverture d’une enquête par le ministère de la Justice.
Crimes imprescriptibles
Au moins 65 personnes avaient été tuées – dont 51 par balles, en grande majorité des jeunes – entre mars 2021 et février 2024 pendant des manifestations à l’appel de l’opposition, selon le bilan établi par un collectif réunissant des journalistes et des scientifiques. Nombre de jeunes avaient aussi été blessés ou détenus dans des conditions traumatisantes.
Des responsables parmi les nouvelles autorités installées depuis avril 2024 avancent un nombre de morts plus élevé, jusqu’à plus de 80.
Malgré leur promesse de faire la lumière sur ces crimes, le pouvoir de Bassirou Diomaye Faye face depuis quelques mois à une pression redoublée de la part des familles des victimes et de membres de leur propre camp, qui dénoncent la lenteur de la justice dans cette affaire.
“On a vécu beaucoup d’injustice dans ce pays avec un gouvernement qui a emprisonné, torturé et tué. On s’est battus. Mais jusqu’ici rien. La justice n’a toujours pas été rendue aux victimes”, a déclaré Serigne Saliou, un manifestant. Nous avons mené un combat farouche contre l’ancien régime de 2021 jusqu’en 2024. Et il y a eu des morts. Jusqu’à présent, les choses ne sont pas claires par rapport à leur situation. Qui les a tués ?“, s’est interrogé de son côté Laurent Ousmane Goudiaby.
Une loi d’amnistie couvrant les violences politiques sous Macky Sall avait été adoptée en mars 2024, dans les dernières semaines de sa présidence. Le Conseil constitutionnel a toutefois estimé en avril dernier que ces crimes présumés sont “imprescriptibles” et peuvent être jugés.
Avec AFP