——- Maurice Kamto, au siège du Conseil constitutionnel, à Yaoundé le 5 août 2025. Photo : AFP ————-
Le principal opposant camerounais Maurice Kamto ne pourra pas se présenter à l’élection présidentielle d’octobre prochain. Le Conseil constitutionnel du Cameroun a définitivement rejeté sa candidature ce mardi 5 août.
La candidature de l’opposant, arrivé deuxième du scrutin présidentiel d’octobre 2018, avait été écartée fin juillet par Elections Cameroon (Elecam), l’organe en charge de l’organisation des scrutins, en raison d’une « pluralité d’investitures » du Mouvement africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie (Manidem), parti sous l’étiquette duquel M. Kamto entendait se présenter.
Il avait déposé un recours contre cette décision devant le Conseil constitutionnel. Le président du Conseil constitutionnel, Clément Atangana, a jugé mardi son recours recevable, mais l’a rejeté « au fond, car non justifié ».
« Le Conseil constitutionnel a estimé que la candidature » de M. Kamto « ne peut pas être valide et la conséquence immédiate, c’est qu’il ne participera pas à la compétition présidentielle » a déclaré l’avocat de Maurice Kamto, à l’issue de l’audience du Conseil Constitutionnel à Yaoundé.
Après cette annonce, M. Kamto a quitté les lieux sans s’exprimer. Le dossier d’un autre candidat déposé sous la même étiquette du Manidem, a également été écarté par le Conseil constitutionnel.
Le Conseil a en revanche validé les candidatures de deux autres opposants historiques, Cabral Libii, du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), et Joshua Osih du Social Democratic Front (SDF). Au total douze candidats brigueront la magistrature suprême, dont le président sortant Paul Biya, âgé de 92 qui brigue un 8è mandat.
« Négation du processus démocratique »
« C’est une décision politique. Nous en prenons acte. Les états-majors vont se réunir. Pour le moment, on ne fera pas de déclaration. On réfléchit sur la décision et on avisera », a réagi Anicet Ekane, le président du Manidem.
Ancien président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), Maurice Kamto avait démissionné fin juin de son parti et choisi de se présenter sous l’étiquette du Manidem, en raison d’une disposition de la loi électorale camerounaise.
Selon le code électoral, seuls les partis disposant d’élus au parlement ou dans les conseils municipaux peuvent participer à l’élection présidentielle. Or le MRC a boycotté les dernières élections législatives et municipales en 2020.
Dans un communiqué transmis à la presse mardi soir, le président par intérim du MRC Mamadou Mota, a considéré le rejet de la candidature de M. Kamto comme « une négation du processus démocratique ».
Tensions
La décision attendue du Conseil constitutionnel sur la participation du plus farouche opposant au président Biya, âgé de 92 ans et à la tête de l’Etat depuis 1982, a cristallisé les tensions depuis lundi, date de l’ouverture du contentieux pré-électoral. Mardi soir dans les rues de la capitale Yaoundé, des forces de l’ordre étaient positionnées sur plusieurs axes stratégiques, équipées de dispositifs anti-émeutes, comme des véhicules renforcés ou des boucliers.
Le ministère de l’Administration territoriale a annoncé l’arrestation de plusieurs personnes accusées de troubles à l’ordre public aux abords du conseil constitutionnel
Après l’exclusion de la candidature de Maurice Kamto par Elecam, Human Rights Watch (HRW) avait exprimé « des inquiétudes quant à la crédibilité du processus électoral ». L’ONG avait dénoncé une décision qui « reflète l’intolérance de longue date du gouvernement à l’égard de toute opposition et de la dissidence, et intervient dans un contexte de répression accrue des opposants, des militants et des avocats depuis le milieu de l’année 2024 ».
Avec AFP