Pour la première fois au Nigeria, un tournoi de dambe, sport de combat traditionnel du nord du pays, a été diffusé en direct à la télévision ce soir du samedi 28 juin. Cette discipline, qui rappelle la boxe, plonge ses racines dans l’histoire des communautés haoussa d’Afrique de l’Ouest.
Le Dambe World Series est organisé dans l’enceinte du stade national et retransmis par DAZN, une chaîne britannique spécialisée dans le sport, le tournoi est bien loin de la tradition sportive qui aurait été initiée au Xe siècle par des bouchers haoussas.
Avant de monter sur le ring, les combattants se préparent durant plusieurs heures, parfois plusieurs jours. Ils portent des amulettes, colorent leurs poings, se tailladent les bras au rasoir et appliquent des remèdes traditionnels pour refermer les plaies. Ces rituels, associés aux prières des guides spirituels, visent à les protéger et à leur donner force et endurance.
“Au lieu d’essayer de l’occidentaliser ou de le transformer en quelque chose d’autre, notre objectif est de professionnaliser” ce sport, explique Maxwell Kalu, fondateur du African Warriors Fighting Championship (AWFC), l’organisation qui gère le tournoi.
Dans le même temps, l’un des principaux objectifs est “d’ouvrir la porte en invitant des gens à venir concourir au Nigeria”.
“Coronavirus” “très heureux”
“C’est un grand moment, je suis très heureux”, a déclaré à la veille du tournoi Abdullahi Ali, “Coronavirus” de son nom de sportif, un jeune homme de 20 ans qui pratique ce sport depuis son enfance.
Dans le dambe, à la place de gants, les combattants ont un poing fermement bandé avec de la corde, leur bras de frappe. L’autre main est tendue, maintenant l’espace entre les adversaires, prête à parer les coups ou à empoigner l’ennemi. Puis le poing bandé attaque, faisant claquer l’air comme un ressort tendu.
Au milieu des coups, un sportif perd l’équilibre et tombe, on dit qu’il a été “tué“. Le round est terminé.
Samedi soir, les boxeurs sont montés sur un ring rempli de sable sous les projecteurs du stade, et les combats ont été entrecoupés de numéros musicaux et de pauses publicitaires.
“Coronavirus” et son adversaire se sont affrontés, en sueur, sous les acclamations d’une foule tendue, les spectateurs grimaçant presque à la vue de la violence des coups portés.

Expansion
Autrefois voué à rester confiné dans des quartiers populaires et marginaux, le dambe a finalement attiré peu à peu l’attention du gouvernement nigérian, soucieux de préserver et promouvoir ce sport ancestral. Avec l’avènement de YouTube et d’Instagram, le dambe attire désormais des fans du monde entier. En 2017, un organisateur de combats déclarait à la BBC que 60% de ses spectateurs venaient de l’étranger.
Ce sport s’est également développé au niveau national: depuis quelques années, des combats sont organisés sporadiquement dans la ville de Lagos, dans le sud du pays, attirant des spectateurs curieux de découvrir le passe-temps de leurs compatriotes du nord et ravis de le voir dans un vrai stade.
La professionnalisation offre également la possibilité d’introduire des protocoles de sécurité et des salaires stables dans ce sport de combat autrement non réglementé.
“Si je me marie, je ne laisserai pas mes enfants pratiquer ce sport”, a déclaré Usman Abubakar, 20 ans, le poing teint en henné foncé et le bras couvert de cicatrices. Une blessure à la poitrine l’a contraint à rester sur la touche pendant deux ans, se rappelle-t-il douloureusement.
Etrangers bienvenus
Les combattants de samedi se sont affrontés pour représenter le Nigeria dans ce qui est envisagé comme une série télévisée internationale à plusieurs volets.
L’année dernière, avec le soutien de la WAFC, le Britannique Luke Leyland a fait le voyage de Liverpool à Lagos pour participer à un combat de dambe, devenant ainsi le premier combattant blanc à participer à l’un de ces tournois.
Interrogés sur ce qui se passerait si des non-Nigérians commençaient à participer aux compétitions, “Coronavirus”, Abubakar et un troisième sportif, Anas Hamisu, se montrent enthousiastes à l’idée que davantage de personnes s’intéressent à leur sport.
Avec AFP