Du 29 au 30 septembre 2025, un forum inédit à Cotonou a réuni des acteurs étatiques et de la société civile autour des droits à la santé sexuelle et reproductive au Bénin. Organisée par le Réseau des femmes leaders pour le développement (RFLD), Equality Now et la coalition SOAWR, la rencontre a permis de clarifier les conditions d’application de la loi sur l’avortement médical, en conformité avec l’article 14 du Protocole de Maputo.
Les échanges ouverts, sans tabou, ont permis à des leaders religieux, hommes des médias, des membres de la société civile et agents de santé de faire évoluer leurs perceptions au sujet de l’avortement sécurisé. “Au début, j’étais contre et je l’ai dit devant tous ici : c’est un péché. Mais, je me rends désormais compte qu’on finit de grandir, sans jamais cesser d’acquérir de nouvelles connaissances”, assure Jacques Ahounou, un sage venu de la commune d’Ifangni dans le département du Plateau.
Le conseiller local d’Ifangni retient que “la pratique de l’avortement médical est excusivement réservé aux femmes victimes d’agression sexuelle, de l’inceste, aux femmes portant une grossesse extra-ultérin ou aux filles ayant contracté une grossesse précoce et pour qui, le développement du foetus, pourrait causer des ennuis sanitaires suite aux analyses médicales”.
Selon un agent de santé qui témoignait lors des débats, l’application de la loi encadrant l’avortement médical au Bénin en conformité avec l’article 14 du protocole de Maputo souffrait de résistance.
Désormais, un pas a été franchi grâce à la formation de deux jours. “Nous avons été informés de la loi, mais les cas spécifiques n’ont pas été clarifiés. Le forum m’a permis de comprendre, de cerner les conditions d’application de la loi”, a également témoigné une sage-femme.
Les responsables des trois organisations initiatrices de la rencontre de Cotonou se réjouissent d’avoir posé les bases d’un changement durable “Nos attentes sont comblées puisque si nous nous fions aux [déclarations] d’hier, il y avait des personnes qui n’avaient pas une notion approfondie de la Loi 2021 et de l’article 14 du protocole de Maputo”, a souligné Dossi Sekonnou Gloria Agueh, directrice Afrique du RFLD.






Lever plus de barrières
Des plans d’action ont été élaborés au cours de la formation pour favoriser la compréhension de la loi autorisant l’avortement au Bénin et l’article 14 du protocole de Maputo promouvant les droits à la santé sexuelle et reproductive afin d’obtenir une large adhésion. “Ces plans” vont apporter “un réel un changement”. Car, “nous ne nous contentons pas d’appliquer une loi. Nous construisons un avenir où les droits de chaque femme seront réels”, a déclaré docteur Tom Mulisa, représentant de la coalition SOAWR.
Le consortium d’organisations RFLD, Equality Now et SOAWR compte lever plus de barrières avec l’engagement des agents de santé, des hommes des média, des membres de la société civile, du législateur, des leaders religieux et d’opinion.
“Chez Equality Now, nous restons profondément engagés à soutenir ce travail, grâce à notre expertise technique, à notre plaidoyer et à nos partenariats. Mais surtout, c’est votre leadership ici au Bénin qui déterminera jusqu’où et à quelle vitesse nous avancerons”, a fait remarquer Esther Waweru, conseillère juridique principale à Equality Now.
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