La lutte contre le sida va pâtir de l’arrêt de l’aide américaine, selon l’Onusida. Dans un rapport publié ce jeudi 10 juillet à Johannesburg en Afrique du Sud, l’agence onusienne redoute la remise en cause de plus de 20 ans de progrès.
Plus grand donateur humanitaire, les Etats-Unis ont réduit leur aide internationale en février après l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Une décision qui pourrait faire repartir à la hausse les contaminations.
Selon l’Onusida, environ 31,6 millions de personnes bénéficiaient d’un traitement antirétroviral en 2024 et les décès liés au virus ont diminué de plus de moitié comparé à 2010, à 630.000 par an. “Nous sommes fiers de nos résultats mais inquiets de cette soudaine interruption, qui est en train d’effacer les progrès réalisés”, a déclaré la directrice exécutive de l’Onusida, Winnie Byanyima.
Recul de 20 ans
L’Afrique du Sud fait partie des pays les plus touchés par le sida. En 2006, l’espérance de vie y avait chuté à 52 ans avant de remonter progressivement. En 2024, le pays compte environ 8 millions de personnes vivant avec le VIH, soit 12,7 % de la population, selon les chiffres du gouvernement.
Or, avec l’arrêt du plan américain de lutte contre le sida (PEPFAR) avec l’arrêt du plan d’urgence américain de lutte contre le sida (PEPFAR), l’Onusida a fait ses calculs : plus de six millions de nouvelles infections et 4,2 millions de décès supplémentaires seraient enregistrés en seulement quatre ans. La pandémie reviendrait ainsi à des niveaux comparables à ceux du début des années 2000.

“Bombe à retardement”
“Ce n’est pas juste un manque d’argent, c’est une bombe à retardement”, souligne Mme Byanyima. Plus de 60% des associations de femmes contre le sida contactées ont déjà perdu des fonds, ou suspendu des services, selon le rapport d’Onusida. Au Nigeria, par exemple, le nombre de personnes sous traitement prophylactique préventif pour prévenir la transmission du virus a chuté de 85% sur les premiers mois de 2025.
De plus, des recherches médicales sur la prévention et les traitements ont déjà été stoppées, y compris en Afrique du Sud, pays leader des recherches.
Renforcer les réponses nationales
Dans 25 pays à faibles ou moyens revenus sur 60 étudiés par l’Onusida, les gouvernements ont pu compenser en partie le manque à gagner par des financements locaux.
Winnie Byanyima plaide pour des réponses nationales, financées directement par les pays concernés. Elle appelle à des allègements de dette et à une réforme des institutions financières internationales. L’objectif est de créer une marge de manœuvre budgétaire pour permettre aux pays en développement de prendre en charge leur propre riposte.
Avec AFP