Romuald Wadagni, président de la République élu du Bénin à l’issue de l’élection présidentielle du 12 avril 2026, prêtera serment le 24 mai prochain à Cotonou. Un choix inédit pour une investiture présidentielle depuis le retour à la démocratie en 1990, mais qui ne soulève pas de difficulté particulière au regard des textes en vigueur. Explications.
Le gouvernement a officialisé, en Conseil des ministres du 13 mai, le choix du Palais des congrès de Cotonou, pour abriter la cérémonie de prestation de serment du nouveau président de la République. L’exécutif a évoqué les travaux en cours au stade Charles de Gaulle de Porto-Novo, lieu des trois dernières investitures présidentielles : Boni Yayi en 2011 puis Patrice Talon en 2016 et 2021.
Avant cela, d’autres cérémonies avaient eu lieu sur l’esplanade de l’Assemblée nationale à Porto-Novo. Au fil des années, la ville capitale s’est donc imposée comme le lieu naturel de prestation de serment des présidents béninois. C’est tout naturellement, qu’on pouvait s’attendre à une nouvelle cérémonie dans la capitale pour l’investiture du successeur de Patrice Talon.
Une tradition, pas une obligation constitutionnelle
La Constitution béninoise ne fixe pas expressément le lieu où doit se tenir la prestation de serment du président élu.
Selon Dr Gilles Badet, enseignant de droit public et spécialiste de droit constitutionnel, deux éléments expliquent le choix traditionnel de Porto-Novo : son statut de capitale et l’usage établi depuis 1991.
“Les dispositions constitutionnelles n’ont rien dit sur le lieu de prestation de serment. Il y a deux indicateurs qui peuvent nous aider : la capitale, ce qu’on a toujours fait. Mais s’il y a des raisons de force majeure, on peut ne pas le faire dans la capitale parce que le deuxième indicateur, c’est peut-être le lieu de celui qui reçoit. C’est le président de la Cour constitutionnelle qui reçoit le serment. Or la Cour est installée à Cotonou”.
Le constitutionnaliste estime d’ailleurs que le choix de Cotonou peut aussi se justifier légalement : “On aurait très bien pu comme dans certains pays organiser la cérémonie de prestation de serment et de réception de serment au siège de la Cour constitutionnelle à Cotonou. Donc, puisque la Constitution n’a pas insisté sur un lieu particulier, on le fait dans la capitale si c’est possible, mais lorsqu’il y a des difficultés particulières, on peut également le faire à Cotonou. Rien n’empêche de le faire ainsi”.
L’article 53 de la Constitution prévoit seulement que le serment du président élu est reçu par le président de la Cour constitutionnelle “devant les autres membres de ladite Cour, l’Assemblée nationale, les bureaux du Sénat, de la Cour suprême et de la Cour des comptes”.
Débat relancé sur la question du siège des institutions
Le choix de Cotonou remet aussi sur la table une réalité : plusieurs institutions de l’État béninois ne siègent pas dans la capitale. La présidence de la République est installée à Cotonou depuis l’indépendance en 1960, sous Hubert Maga. La Cour constitutionnelle y siège également. À l’inverse, Porto-Novo abrite notamment l’Assemblée nationale, la Cour suprême, la Cour des comptes ou encore le Médiateur de la République.
Pour Gilles Badet, cette répartition résulte davantage de l’histoire politique et administrative du pays que d’une règle constitutionnelle stricte : “La Constitution a dit d’une part que la capitale de la République du Bénin c’est Porto-Novo, et d’autre part a prévu des institutions sans dire forcément que telle institution doit être dans telle ville ou dans telle autre. Donc c’est l’histoire du pays et les contingences de sa construction qui font qu’on décide de mettre une institution ici ou là.”