La ville de Nikki, dans le nord-est du Bénin, vibre au rythme de la Gaani édition 2025. Un colloque scientifique culturel organisé le vendredi 05 septembre à la maison des jeunes de Nikki, s’est penché sur le thème central : « La contribution de la Gaani dans l’économie industrielle, touristique, artistique, culturelle et cultuelle du Bénin. »
Le colloque a eu pour objectif de clarifier et de déconstruire certaines idées reçues. Le professeur Léon Bani Bio Bigou, conférencier principal, a pris la parole pour exposer les fondements de la Gaani. Selon lui, une confusion persistante existe autour de cette fête, souvent assimilée à tort à une célébration musulmane :
“La Gaani n’est pas une fête musulmane. Elle est plutôt une manifestation culturelle ancestrale du peuple Baatonu, liée à leur histoire spirituelle, politique et identitaire”, a-t-il martelé.
Il explique que la coïncidence entre la date de naissance et de mort du prophète Mahomet a semé la confusion, mais que la Gaani est avant tout une célébration de ceux qui ont résisté à l’imposition de nouvelles croyances religieuses.
Une fête au carrefour de l’art, de l’histoire et de la foi
Bachirou Sariki, Secrétaire général au palais royal de Nikki, a apporté un éclairage complémentaire sur les aspects culturels et cultuels de la Gaani. Il a mis en lumière les dimensions du patrimoine matériel et immatériel, allant des danses rituelles aux tenues traditionnelles, sans oublier les chants, les symboles spirituels, les rites de passage (comme le rasage des princes Ouassangari), et les cultes rendus aux ancêtres et divinités :
“La Gaani est un festival total. Elle incarne l’art de vivre Baatonu et célèbre la laïcité culturelle où chaque croyance trouve sa place. Le trône de Nikki valorise la coexistence pacifique des religions”, a-t-il souligné.
Le parcours du Sinaboko (roi de Nikki), lors de la fête, illustre cette ouverture : il commence par une escale chez l’Imam pour recevoir une prière musulmane, avant de continuer vers les lieux de culte traditionnels.
La Gaani, moteur de développement économique local
Au-delà de sa dimension symbolique, la Gaani joue un rôle majeur dans l’économie locale. Le professeur Bio Bigou a rappelé que le mois de la Gaani appelé “Gaani Gobi Casso dans le calendrier Baatonu”, est un moment de mobilisation communautaire et de circulation des richesses.
“Les marchés débordent, l’artisanat s’expose, la gastronomie locale attire. Chaque jour, des milliers de personnes consomment, échangent, créent de la valeur.”
Cette effervescence économique est confirmée par Martial Kpochan, président de “l’Institut de l’Être”, qui a présenté les principes de l’économie de l’être appliqués à l’industrie culturelle :
“La culture n’est pas un folklore. C’est une source de croissance, d’emploi et de dignité. Elle permet de dynamiser les territoires, de réduire la pauvreté et de révéler les talents locaux.”
Il plaide pour une transmission éducative structurée des savoir-faire (culinaires, vestimentaires, artistiques) afin que les jeunes s’en emparent comme leviers d’innovation.
Quand tradition rime avec innovation
Les panélistes ont insisté sur la modernisation créative de la culture traditionnelle. À titre d’exemple, le dansiki, tenue traditionnelle baatonu, pourrait être stylisé pour devenir un vêtement professionnel contemporain.
“Un dansiki porté avec une chemise et une cravate, c’est possible ! Ce serait une manière élégante de porter sa culture au cœur de la modernité”, a proposé Sariki.
Même l’art culinaire traditionnel, encore peu valorisé dans les circuits touristiques, représente un potentiel énorme pour les jeunes entrepreneurs du secteur de la restauration.
Au terme de ce colloque, un message central a été lancé. Les intervenants appellent les jeunes à revisiter leur héritage culturel, à s’en inspirer pour créer, entreprendre et rayonner au Bénin et dans le monde.