Souvent associé au diabète de type 2, le foie gras reste pourtant méconnu du grand public. Au Bénin, cette accumulation de graisses dans le foie concerne de nombreux patients et peut compliquer la prise en charge du diabète. Le parcours de Sabrina illustre l’importance d’une alimentation adaptée et d’un suivi médical pour mieux contrôler la maladie.
Sabrina, la trentaine, croyait connaître son diabète et savoir vivre avec. Mais pendant des années, sa glycémie reste instable. Les malaises se répètent, jusqu’à la plonger à plusieurs reprises dans le coma diabétique. Il faudra l’intervention d’un médecin nutritionniste pour révéler un autre problème de santé jusque-là passé inaperçu : une stéatose hépatique, communément appelée “maladie du foie gras”.
À Parakou, les consultations médicales s’enchaînent pour la jeune femme, confrontée à une double épreuve. Originaire d’un village voisin, elle subit les soupçons et l’incompréhension de son entourage, qui attribue ses crises à un supposé adultère. La maladie fragilise ainsi sa vie personnelle, jusqu’à la rupture de son mariage.
Déprimée et affaiblie par un énième coma, elle est prise en charge par le Dr Alfred Acakpo, médecin nutritionniste à la clinique CRESAN, sise à Cotonou. “Sabrina était profondément affectée quand je l’ai reçue”, se souvient-il. Les examens confirment la stéatose hépatique ainsi qu’un léger surpoids. Un accompagnement nutritionnel strict est immédiatement mis en place.
Après sept jours d’hospitalisation, Sabrina regagne son domicile, armée d’un programme alimentaire sur mesure. En quelques mois, les résultats sont spectaculaires : sa glycémie baisse de manière continue, provoquant même de légères hypoglycémies (autour de 0,6 g/L). Surpris par cette évolution, son médecin traitant l’interroge. En découvrant l’impact de sa nouvelle hygiène de vie, il décide d’ajuster, puis de suspendre complètement, ses médicaments antidiabétiques oraux. Aujourd’hui, Sabrina est hors de danger et reste sous simple surveillance médicale.
Le foie, cet organe clé que l’on oublie
Le cas de Sabrina n’est pas isolé. Derrière un diabète de type 2 se cache fréquemment un autre déséquilibre métabolique silencieux. Lorsque l’on parle de diabète, les regards se tournent spontanément vers le pancréas et l’insuline. Pourtant, le foie joue un rôle majeur dans la régulation du sucre. “Après un repas, le foie capte et stocke une partie du glucose sous forme de glycogène. Entre les repas et pendant le jeûne, il le libère dans le sang pour maintenir une énergie suffisante pour nos organes, notamment le cerveau”, explique le Dr Euloge Houndonougbo, hépato-gastroentérologue à l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu de Tanguiéta.
Quand le foie accumule un excès de graisses, il devient résistant à l’insuline et perd sa capacité à réguler le sucre. Selon le spécialiste, le diabète de type 2 et le foie gras forment un véritable cercle vicieux : “La résistance à l’insuline favorise l’accumulation de graisse dans le foie et, inversement, la stéatose hépatique aggrave cette résistance.”
Une épidémie silencieuse documentée au Bénin
La stéatose hépatique avance masquée. La majorité des patients ne ressentent rien et découvrent le problème par hasard, lors d’une échographie. “Certains signes peuvent néanmoins alerter, comme une fatigue persistante ou une sensation de pesanteur sous les côtes, du côté droit de l’abdomen”, prévient le Dr Houndonougbo.
Au Bénin, l’ampleur du phénomène est bien réelle. Une étude majeure réalisée en 2011 à l’EPAC (Université d’Abomey-Calavi), à Cotonou, a mis en lumière des chiffres locaux marquants concernant la population adulte : 90 % des personnes diabétiques souffrent également de stéatose hépatique. 84,8 % des personnes hypertendues sont touchées. 72,7 % des personnes en surpoids et 88,2 % des personnes obèses présentent un foie gras. Deux personnes sur trois, âgées de 35 à 64 ans, en sont atteintes.
Cette même étude pointait du doigt des corrélations surprenantes liées aux habitudes alimentaires locales. Par exemple, une consommation de poisson plus de sept fois par semaine était associée à un risque 1,2 fois plus élevé de développer une stéatose, un chiffre qui s’explique souvent par les modes de préparation locaux, comme la friture dans l’huile. À l’inverse, la consommation modérée d’œufs (plus d’une fois par semaine) et l’usage régulier d’épices réduisaient significativement ce risque.
L’alimentation : le médicament de référence
“L’alimentation est le principal levier dans l’apparition, l’évolution et l’inversion de la stéatose hépatique et du diabète”, affirme le Dr Alfred Acakpo, qui consulte à la clinique CRESAN de Fidjrossè. Un apport calorique excessif pousse le corps à convertir les nutriments excédentaires en triglycérides, qui s’accumulent directement dans les cellules hépatiques. La nouvelle qui soulage, c’est que ce processus est réversible. “Un patient qui suit rigoureusement un programme nutritionnel adapté pendant six à douze mois peut voir son foie redevenir totalement normal”, assure le nutritionniste. Des changements profonds, associés à une perte de poids, permettent d’éliminer la graisse viscérale et, dans certains cas, d’obtenir une rémission du diabète sans aucun médicament.
- À bannir ou à limiter fortement : les sodas, les jus industriels et les sirops riches en fructose. Il faut également réduire les fritures, la charcuterie, les viandes grasses et l’excès d’huiles de cuisson, qui entretiennent l’inflammation. L’alcool est à proscrire pour préserver les capacités de détoxification du foie.
- À privilégier dans l’assiette : les légumes doivent composer la moitié de chaque repas (gombo, épinards, choux, carottes, aubergines). Pour la cuisson, l’huile d’olive est idéale. Les avocats et les arachides locales peuvent être consommés avec modération.
- Côté protéines : misez sur les poissons non frits, le poulet, les œufs et les légumineuses locales, comme le haricot, les lentilles ou le voandzou.
- Côté boissons : une bonne hydratation, à raison de 1,5 à 2 litres d’eau par jour, est indispensable. Consommés sans excès et sans sucre, le café et le thé vert offrent également une protection au foie.


Bouger pour vider les réserves
Le changement de mode de vie reste une solution thérapeutique majeure. Selon l’American Liver Foundation, perdre seulement 5 % de son poids corporel suffit à diminuer la graisse hépatique. Une baisse de 7 à 10 % permet de faire régresser l’inflammation et les premières lésions.
Pour y parvenir, l’activité physique est une alliée majeure. Pratiquer au moins 150 minutes d’activité physique par semaine, soit environ 30 minutes par jour pendant cinq jours, aide l’organisme à puiser dans ses réserves de graisse intra-hépatique et améliore la sensibilité à l’insuline, même si le changement n’est pas encore visible sur la balance.
Prendre soin de sa glycémie, c’est définitivement prendre soin de son foie.
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