La ville de Porto-Novo vibre les 2 et 3 août 2025 au rythme de la deuxième édition du Festival des masques. L’événement mêle tradition, spiritualité et science. Le festival s’est ouvert par un colloque scientifique de haut niveau, axé sur le thème central : “Ifá Òrúnmìlà : introduction à une épistémologie”.
Présidé par le ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, Babalola Jean-Michel Abimbola, le colloque a réuni chercheurs, praticiens, intellectuels et responsables culturels autour du système divinatoire du FA (ou Ifá). L’objectif : démontrer sa pertinence en tant que système de pensée structuré, codifié et rationnel, capable d’éclairer les problématiques du monde.
“Ifá constitue bien plus qu’un héritage spirituel. Il est une épistémologie à part entière, fondée sur l’observation, le symbole, la narration orale et la logique analogique” selon le ministre.
Ce système, dit-il, peut et doit participer aux débats actuels sur l’écologie, la gouvernance, la justice sociale, ou encore la mémoire historique.
Un colloque à vocation internationale et interdisciplinaire
Le professeur Mahugnon Kakpo, président du Comité des Rites Vodun du Bénin, a rappelé l’importance de cette rencontre, initiée depuis 2024. La présente édition se distingue par une approche tripartite, décomposée en trois axes d’analyse autour du thème principal. Elle accueille une soixantaine de participants issus du Bénin, du Togo, du Nigéria et d’autres pays.
“Le FA n’est pas le fait de praticiens illettrés ou sans essence. C’est une théorie du bonheur, une sagesse universelle, un système de pensée structuré qu’il est urgent d’inscrire dans la rationalité scientifique”. (Professeur Mahugnon Kakpo, président du Comité des rites Vodun).
Une conférence inaugurale, animée par le professeur Kayode Eesuola du Nigéria, a mis en lumière les liens entre les masques IFA et les relations entre le ciel et la terre en Afrique de l’Ouest.
Deux ateliers thématiques ont permis de questionner les pratiques, la déontologie, ainsi que l’universalité du FA dans les pays concernés. Les participants absents physiquement ont pu intervenir à distance.
Vers la création d’un centre d’interprétation d’IFA
Au cœur des annonces marquantes de cette édition, le lancement du projet de Maison IFA à Porto-Novo. Ce futur centre d’interprétation servira d’espace de dialogue entre chercheurs, praticiens, artistes et citoyens. Il abritera des ateliers, formations, expositions et productions scientifiques, tout en respectant les protocoles rituels du savoir IFA.
Autre ambition portée par le ministre : le rapatriement de la “tablette du FA”, outil mythique de consultation du célèbre devin Guèdègbé, aujourd’hui conservé à l’étranger. Son retour renforcerait la cohésion entre mémoire historique et identité culturelle selon le ministre de la culture Babalola Jean-Michel Abimbola.
Une célébration populaire de la culture
Parallèlement aux travaux du colloque scientifique, le festival des masques se déploie dans toute la ville de Porto-Novo au niveau de différentes places, notamment sur les places (Lokossa, Migan et Abessa), à travers une programmation riche : danses traditionnelles, procession des masques sacrés et profanes, expositions ou encore gastronomie locale. A cela s’ajoute un concert offert chaque soir aux festivaliers.
Le maire de Porto-Novo, Charlemagne Yankoti, a invité les visiteurs à saisir l’occasion de cet évènement pour découvrir les profondeurs de la riche culture africaine.